Les lois de la biochimie et de la physique ont permis à quelques molécules de se transformer en cellules vivantes, quelques quarante semaines avant l'irruption de ma conscience, le 22 août 1947. Comme ce fait, indéniable, irréfutable, débute ma course à ma mort, la phrase que je suis en train d'écrire inaugurera le monument de ma mémoire. Après avoir cueilli le bac, j'aspirais à la carrière militaire, mais une promotion paternelle dans une petite ambassade québécoise à Paris brisa tout net cette vocation quasi-mystique. Pensez donc, l'uniforme ! Et me voilà en médecine, tudieu ! Amiens, pourquoi pas, terre de glaise et de coquelicots, symbole du sang des Tommies de 1916 que tous les Picards ont oubliés, in memoriam, au profit de l'hécatombe Verdun moins meurtrière que la boucherie de la Somme. Quelle injustice de l'histoire trop correctement enseignée ! Premier contact avec la Mère Patrie qui ne se souvenait pas beaucoup de moi (de Nous, j'entends) et que me l'a bien rappelé, va ! Les ouvriers agricoles du Santerre se souviendront peut-être de moi quand on allait en SAMU détacher les pendus dans les granges ou ramasser la viande sur les autoroutes. J'ai thésé en santé publique parce que, déjà, je ne croyais plus à l'illusion des titres. Entre-temps, épousé par une québécoise qui m'a donné trois jolis garçons (quelle horreur, ce mot de don d'enfants comme s'il s'agissait d'un don d'organe !), je devins, via les grâces de la naturalisation, (on me devait bien ça tiens, vu que mon arbre remonte au XIIe siècle dans un bled perdu de la Thiérache), fonctionnaire d'un ministère oeuvrant dans le sanitaire et les ondes courtes. Passons ! Appétence pour l'engloutissement du savoir ! J'engouffre la SF, la mystique des Templiers et autres faiseurs de miracles, la BD. Puis Zo me tombe dessus. Deux romans sans succès et X nouvelles plus tard, j'ai étudié le japonais, le russe, le suédois, le brésilien, l'arabe (mal), le chinois (pire), l'hébreu, l'allemand et l'italien. Je ne les comprends pas et n'en parle aucune. L'histoire et l'archéologie feront aussi partie de mon patrimoine, comme cette Alfa Roméo 147 JTD que j'ai bradée à 20 % de son prix parce qu'à Cayenne, la firme italienne n'assurait plus le service après vente. Les Italiennes rouillent alors que les Brésiliennes... C'est qu'en effet, j'ai décidé de fuir la direction de mon employeur, après sept années de service pro-public, pour les bagnes de Guyane. Cayenne donc et la grande verte, verte comme le jade de l'absinthe, vert Jade mon amour de Jade, cette blonde superbe qui fait si bien l'amour, la cuisine et parfois une crise de Jazz quand le gaz s'en mêle. Je n'oublie pas mon violon : les Noir Marrons du Maroni, le HMongs de Cacao ou la fille du chef Wayanas sauront peut-être apprécier. Ma devise : il ne reste rien dont tu crois le contraire. Ce que j'aime : l'Humanité, mais pas les hommes, Le Beffroi du diable, oeuvre culinaire en l'honneur du père, la psychanalyse, le bouddhisme, la culture, la musique de film et le gâteau au chocolat avec un glaçage épais. Ce que je n'aime pas : le journaliste de la télé qui accuse le public d'indifférence générale, le néo-franco hexagonal, les au niveau de, en termes de, positionner, impacter et autres néologismes à la con, et la disparition de l'article partitif de. Un projet : apprendre à peindre !
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