Voix
d’un petit voyage au début de la nuit

 

 

Dans le ciel étoilé, Macha ouvre l'antenne,

La voix acidulée, parisienne et lointaine,

Enfume le studio et éclaire la nuit.

Respectée, critiquée, écoutée, adulée,

Elle vibre aux accents d’une ode parfumée ;

Mais des sots, des fâcheux qui inondent le jour,

Qui jasent sans savoir et ignorent l’amour,

Elle refuse la rage où la hargne conduit…

Paris vous vit, Madame, arriver sans mépris.

 

“ N’ayez crainte, dit-elle !  Eh ! J’en fais mon affaire.

C’est bien facile à dire, et moins facile à faire

D’écouter les soupirs, les accents et les cris,

Ou les perles de mots aux accents du midi,

Les éclats si vivants d’une vieille Mamie,

Un fidèle de Nouvelle Calédonie…

 

À ceux qui, sans pitié, en ricanent et se gaussent

Sans admettre, ce soir, que l’opinion est fausse,

Je renvoie ce message adressé à la Terre :

Qui peut vraiment vouloir une vie solitaire ?

Des paumés, je garde et la terreur et la crainte

De la larme isolée, qui marque tant l’étreinte

De l’angoisse éperdue devant nos cœurs éteints.

À ceux-là donc, j‘admets vouloir tendre une main.

Faite-en donc autant ! Vous savez si bien dire !

À vos sarcasmes, sots, je ne saurais souscrire.

Que chacun se retire, et qu’aucun n’entre ici ! ”

 

De ce studio, Macha, tu invites et tu cries :

“ Excusez cette audace et la façon de lire :

J’affirme haut et fort : Interdit, d’interdire !

Il est permis aux mots de luire et de chanter

De rire et de pleurer, de jouir et de crier. ”

 

Ce cri qui tant de fois garantit votre audience,

Ce cri qui tant de fois assura la défense

Des fous et des cinglés, des gagnants et perdants,

Des blessés de la vie, ou des blessés du temps,

Ce cri perce la nuit comme il perce l’effroi

Des cœurs abandonnés à la peine et au froid.

Des chercheurs d’un futur au passé raturé

Ont écrit des brouillons de leur vie brouillonnée,

Empilé les “ Je t’aime ”, et “ Je ne t’aime plus ”,

Des “ Je te veux encore ” ou “ Je ne te veux plus ”.

Ils ont écorché des cris de conte misère

Dans l’espoir qu’un passant écoute leur colère.

Macha entend, celui qui, à l’œuvre, se tue,

Son appel au secours, quand il est à la rue.

Elle accueille en retour les témoins du malheur.

Et transforme une larme en germe de bonheur.

 

Heureux les délaissés, ennuyés de la vie,

Les éclopés du cœur, abonnés à l’ennui,

Rajoutant sans arrêt des pages aux images

D’un destin affligé qui ride les visages !

Heureux le couche tard qui, plein de frustration,

Peut puiser à la Voix, l’onde de compassion !

 

Il en faut du courage, à cette heure tardive,

Pour rester en éveil et sans cesse attentive,

Et soutenir les sans sommeils à s'envoler.

Si, parfois, on se grise où l’autre s’est sauvé,

La voix est toujours là, sur les branches d'un mot,

Pour trancher l’affliction et donner le repos.

 

Vingt-six ans à France Inter pour les insomniaques

N’auront jamais raison de sa force d’attaque.

Oedippe, le Yorshire, anglais aux tons de feu

Saura bien japper doux si l’émoi vous émeut.

 

Macha, verrez-vous de sitôt, ce cher Mazure ?

Rassurez-le, je vous prie, si je vous assure

Que ces alexandrins, que ce petit cadeau,

Ne peuvent concourir en place de Bruno.

 

Moi, écarté du sort que le monde repousse,

J’ai souvent quémandé une parole douce.

Mais la Voix de Macha me redonne des ailes.

J’aspire à son âme où l’espoir me rappelle.

 

Envoi en six vers

 

Écrit libre ! Écrivains en déséquilibre,

Écrivez sans arrêt pour que vos écrits vibrent.

Auteurs de la nuit, en quelques mots éclatants,

Croyez vrai, en son sens, ce pastiche amusant

De Corneille et Boileau, qui vous saluent bien bas.

Chère amie, recevez, le cœur de Zorica