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Inter -
vous
par
C.Congiu
Je ne suis
pas Cannoise. Je suis née à Skopje en Macédoine, à 200 m de la maison où est
née sœur Teresa. Pas la même année. Je suis
Yougoslave. Le
Français n’est pas la langue de mon biberon. En fait, deux langues ont
bercé mon enfance : le Macédonien et le Serbo Croate. Et le
Vranjanski avec ma mère-grand (c'est de serbe de la région de Vranje, un
accent particulier à la région. J’ai longtemps pensé que c’était une langue.
Je viens d’apprendre que ce n’est pas une langue. Je suis
arrivée en France, à 13 ans, à cause d’un séisme de 1963 qui a non seulement
secoué la ville de Skopje mais mon père aussi. Je ne parlais pas un mot de
Français. La France était au bout du monde. Trois jours de train pour y
arriver. J’ai vécu
dans l’Oise quelques décennies. De mémoire, vers les 17 ans, j’ai décroché un
BEPC avec mention. C'était une belle affaire. La mauvaise affaire, c'est que
je m’en suis contentée ! Les vents
de la vie m’ont conduite dans le sud en 1998… 4 ans à Fréjus -St Raphaël,
deux belles petites villes, que j'ai aimées. Vos
activités professionnelles ? Artistiques ? Je ne sais
plus. Je n’ai pas de CV. J’ai fait beaucoup de choses. Je sais que j'ai dû
apprendre à lire un bilan, je sais que déteste ça. Je crois que j’étais ce
que l'on appelle une “femme d’affaires”. C’était dans une autre vie, un autre
siècle. J’ai acquis des connaissances qui me sont ou seront certainement
utiles. Premier et
dernier boulot : agence immobilière. Entre les deux et sans ordre :
j’ai eu un journal gratuit où il y avait à lire, des magasins de lingeries et
fines solderies, secrétaire de papa et de ses folies, mariée à un musicien
(je n’avais pas une oreille assez fine), j’ai aussi vendu l’image de
ma frimousse (cela s'appelle “mannequin”), j’ai vécu, j’ai fait des sous,
j’ai tout perdu, et j’ai gagné le droit d’écrire et de ne faire que ça mais
ça me coûte cher ! Depuis 2
ans, je me consacre à l’écriture, sans compter. Pendant
trois ans, j’ai aimé un homme, sans compter non plus ! Un boulot à plein
temps, croyez moi, non rémunéré, pas de retraite assurée (dans mon cas). À
présent, j’ai de quoi conter… Durant
votre période “femme d'affaires”, comment conciliiez-vous l’art et
l’entreprise ? Des
bonbons scotchés en vitrine (à l’extérieur), en écrivant des lettres géantes
aux vrais faux pères noël en vitrine… En ouvrant une boutique privée, avec un
droit d’entrée payant. Bref, en faisant ce qui ne se fait pas. Mais je ne
sais si j’ai fait de l’art, j’ai été moi. Considérez-vous
la création de chapeaux (et vêtements) comme artistique ? Je n’aime
pas la question. Êtes vous dans l’art ? Je préfère : l’art est-il
en vous ? Planter un
arbre est un grand art. S’occuper de ses enfants, faire des croissants,
regarder, écouter… Poser des questions ! Arroser mes citronniers… Lire
un livre, écouter la musique, savoir écouter, est un grand art ! Voulez
vous savoir comment j’ai fait mon premier chapeau ? C’est en
regardant un enfant mourir de faim à la télévision. Cent francs pouvaient
l’aider à vivre plus d’un an, disait la voix off… Et moi, conne et fière de
moi, je regardais un chapeau acheté le même jour. Sa valeur représentait de
quoi nourrir 20 mômes pendant un an… J’ai découpé le chapeau, posé les pièces
sur la table, mon premier chapeau dans les rideaux venait de naître… J’ai
copié ! Plus jamais je n’ai acheté des chapeaux. Vous appelez ça de
l’art ? Alors je fais de l’art. Le
lendemain je réalisais un second et ainsi de suite. Cela ne m’a pas suffit,
j’ai réalisé des vestes assorties. Pourquoi
l’écriture ? Dieux du
ciel, si je savais ! La vraie
réponse, ni vous ni moi ne pouvons la donner. Sera-t-elle dans mon dernier
livre ou le premier ? Je ne
crois pas être un écrivain… Si dans quelques décennies, mes livres sont sur
des étagères, alors des personnes diront que j’étais un écrivain… Si c’est
juste vendre aujourd'hui quelques livres, aussi grand soit le nombre et être
oublié demain… pensez vous que ça s’appelle être un écrivain ? Je me
souviens du jour où j’ai décidé de ne faire que ça. Cest un jour important.
Ce même jour, j’ai trouvé sur une plage un galet aussi grand qu’un livre, il
a la forme d’un livre et aussi étonnant que ça puisse paraître, on a
l’impression qu’il est écorné… J’ai pris le galet, je savais ce qu’il me
restait à faire ! Je ne
crois pas avoir choisi d'écrire. J’ai toujours voulu écrire et voler. Très
jeune, j’ai su que je ne volerai jamais. Ma Baba, c'est à dire ma grand-mère,
me contait des histoires, c'est peut-être une réponse. Une autre
réponse : j’aime les beaux et grands mensonges, ceux qui ressemblent à
la magie. J’aime les mensonges de la magie, ce sont les seuls auxquels je
suis prête à croire. Ma Baba me laissait finir ses histoires, elles me
faisait croire qu’elle les écrivait…elle était illettrée…je ne l’ai su que
plus tard. Voulait-elle écrire ? Devais-je réaliser ses rêves ? Je n’ai
pas de méthode. Je ne sais pas travailler. J’écris quand les idées viennent,
le problème c’est qu’elles viennent beaucoup. Choisir devient un travail, que
m'a montré un ami doué de patience. J’apprends. J'écris
sous la douche, dans mon lit, quand je bois mon café… J'écris, c'est à dire
que j'attrape toutes les idées… en voyant une mouche voler… une coccinelle
qui traîne sur mon ordi… quand une moustique me pique, j’en fais 10
pages… quand je mange une cuillère de miel, je pense à l’abeille… et je lui
rends hommage en quelques pages… Ou bien je ponds (dixit cet ami) une
nouvelle en voyant un homme, depuis un an, tous les jours, brosser son chien
devant ma fenêtre… En fait, je préfère dire que la vie écrit, moi je copie…
Mais mon ami patient m'a dit qu'à présent je devais récrire, travailler ce
que j'ai produit, ce que j'ai pondu. Avez-vous
des projets éditoriaux ? J’en ai
des tonnes, de quoi abattre des forêts… (je vais me mettre à dos les écolos).
J’aimerais publier des poèmes, des nouvelles, des romans co-écrits avec
Jacques Vallerand, un recueil co-écrit avec Christian Congiu, un autre où
nous avons joué à trois, Christian, Jacques et moi (cela s'appelle Dédicaces
et nous avons imaginé un guide pour les auteurs, débutants ou non, qui
auraient des problèmes pour trouver ce qu'il faut mettre face à un acheteur
de son livre. Nous nous sommes bien amusés). Mais ce qui me prend beaucoup,
dans le présent, c'est le projet d'un livre dont l’intégralité de bénéfices
serait reversée à l'association “Laurette Fugain” Justement,
parlons à présent de cette action… C’est ma
façon à moi, faute d’autres moyens, de donner un peu de ma moelle. Il
s’agit d’envoyer un court texte inédit (de dix lignes à une page), ou un
dessin, qui réponde à la question suivante : « Sais-tu ce que
c’est que l’amour ? » Ces textes seront sélectionnés par un
jury et paraîtront dans un ouvrage dont l’intégralité des bénéfices sera
versée à "http://www.laurettefugain.org/" l’Association
Laurette Fugain. J’ai déjà
reçu quelques envois d’hommes, de femmes ou d’enfants, célèbres ou inconnus
et la collecte n’en est qu’à ses débuts. Bien entendu, rien ne se
concrétisera sans l’approbation de l’association. Qu’il
s’agisse de textes en prose ou de poèmes, de mots dessinés, de chansons
esquissées ou de gestes inventés, que vous soyez un écrivain ou pas, célèbre
ou inconnu, adressez-moi votre réponse, signée bien entendu, à l’adresse
suivante : <zorica.sentic@wanadoo.fr", sinon,
toutes les informations complémentaires sont sur le site du magazine bénévole
Nouvelle donne (www.nouvelle-donne.net) Je rassure
tout de suite : je ne représente personne, je ne suis le
« sous-marin » de personne. Je ne fais partie d’aucun mouvement
politico commercial, ou religieux. Je ne fais
même pas partie de l’association Laurette Fugain, ni d’aucune autre, j’ai
honte parfois. On pourrait
penser que votre démarche « caritative » est une façon de vous
« mettre en avant », de faire parler de vous. Toute
démarche “créative” est une façon de se mettre en avant. Toute démarche,
d'ailleurs, est une façon de se “mettre en avant”. Comment
faire autrement ? Il fallait un “porte-parole”, un (pro-)moteur
clairement identifié, on me l'a demandé. Lorsque j'ai commencé à travailler
avec le site de Nouvelle donne, avec Christian Congiu, nous avons reçu
des tonnes de courriels pour me demander “Qui êtes-vous ?” Alors qu'au
début, je voulais ne pas me montrer, pour éviter ce piège de la
personnalisation, il a fallu que je me présente. C'est donc l'inquiétude des
autres qui m'a décidée à me mettre sur le devant, pour porter mon action. À
présent, on peut, on pourra, penser que j'ai fait tout cela pour promouvoir
mes textes. Si le
livre se vend et s'il est de belle qualité, quelle importance ? Ça aura
valu la peine ! Je n’ai presque rien à dire d’autre sur la question, à
part trois à 400 pages, si vous le désirez. Je préfère
que l’on parle de moi suite à ce projet que suite à un crime que j’aurais
commis. Vous ne pensez pas que j’avais d’autres moyens pour être mise en
avant ? Je n’ai pas besoin de ce projet, pour que l’on parle de moi. On
parle souvent de moi. Mais il est possible que vous ne le sachiez pas, on ne
doit pas écouter les mêmes radios. Moi, en ce moment, c’est Kiss Radio, une
radio en Yougo. Était- il
possible de garder l’anonymat et quel en était l’intérêt pour le
projet ? J’avais aussi songé à prendre un pseudo. Mon nom est d’ailleurs
une forme de pseudo puisqu’on le prononce à la française (Sentic = Sentik) au
lieu de Sentitch (une espèce de chuintement) à la yougoslave. De plus, c'est
un nom inventé, ou tout comme, par mon père. Ce qui est
gênant dans ce genre de question, "on pourrait penser que votre
démarche…", c’est que les gens n’oublient pas de la poser, et
pendant ce temps, le temps passe et les solutions sont juste effleurées,
voire oubliées. Où en êtes
vous ? Le projet
date de fin Juin. J’ai passé mon été à envoyer des courriels, à collecter les
réponses. Beaucoup de mots m’ont
encouragée. Certains m’ont émue. Je n’ai pas lu tous les textes, faute de
temps, mais aussi pour ne pas être
influencée sur un travail personnel en cours. Je ne veux
pas dévoiler encore la liste des noms, (je n’aimerais pas que l’on participe
ou non à ce projet, à cause ou parce que un autre l’a fait, ou ne l'a pas
fait, vous savez, ce genre de guéguerres… Après la collecte des textes, ma
tâche consistera à constituer un comité de lecture afin de construire un
livre de qualité. Par ailleurs, j’estime que même les textes non retenus
devront pouvoir être lus quelque part. Ces textes proviennent de cœurs, ce
sont de véritables dons, je ne veux pas les jeter. J’ai quelques idées, je
les soumettrai. Au fait, il n'est pas trop tard, on peut encore en parler et
m’envoyer des textes. Je peux, à
présent, entreprendre de chercher un éditeur. Mais peut-être qu'il viendra à
moi, à nous, à tous ceux qui ont envoyé leur texte. J’espère ne pas les
décevoir. Je ferai tout, et plus, pour être à la hauteur de ces belles rencontres, qui ont eu lieu depuis quatre
mois… C.Congiu Sept 2004 |